Ana Popovici Illustration


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Mes premiers pas dans l’illustration, un language à part (entière)

Tous les enfants ont besoin d’histoires pour grandir et rêver. Mais pas facile, dans la Roumanie des années 80 : la libre circulation des livres n’existait pas, et ceux-ci ne s’échangeaient que sous le manteau. Nos parents, même, dépourvus du support de ces livres, avaient perdu l’art de raconter des histoires à leurs enfants.

 

Nous devions alors nous contenter de ce que nous pouvions grappiller par-ci par-là dans des magazines : quelques dessins, avec de la chance de la bande dessinée. Comme de plus tout était rédigé dans une langue étrangère que nous ne connaissions pas (généralement l’allemand), ces images étaient même la seule chose sur laquelle nous pouvions nous rabattre : au moins elles, on savait les “lire” ! Et les amitiés pouvaient se faire et se défaire à cause de ces publications.

Plus rarement, on trouvait à se procurer des livres de contes roumains, qui arboraient bien de petites images mais réalisées, pour la plupart, sans aucune conception de l’illustration pour enfants.Pour mes 6 ans, j’ai reçu de ma professeure de primaire ce qui m’a semblé le plus beau cadeau qui puisse être : une histoire tchèque avec des illustrations qui méritaient vraiment leur nom et qui, de plus, était traduite en roumain ! Le bonheur ! Le paradis !

 

Mais la plupart du temps, les rares et pauvres images décevaient mes attentes d’enfant et, souvent, je complétais les illustrations sur les pages du livre pour me raconter mes propres histoires … et je suis devenue illustratrice !

La double frustration de la rareté de l’image et de la langue étrangère a aussi forgé chez moi une certaine liberté dans le rapport entre le texte et l’image qui l’illustre. Plutôt qu’une redondance entre les deux, je préfère leur faire développer des récits propres, parallèles. L’image et le texte peuvent alors presque être lus séparément, tout en se soutenant l’un l’autre en certains points de rencontre. L’histoire est ainsi transmise de manière mixte, et le récit enrichi de cette multiplicité.

Plusieurs niveaux de lecture

Le récit se dévoile par étapes successives. D’abord, par le trait, fin, presque fragile, et par la couleur. Ensuite, ils sont secondés par le fond et la forme de sa découpe. Celle-ci souligne ou nuance l’idée, parfois même la détourne de manière subversive ; par exemple, le bout d’un couteau peut être dessiné d’une manière arrondie, tandis que sa découpe suggérera plutôt une forme affûtée.

 

Enfin, la matière choisie pour l’arrière-fond apporte sa propre expression : couche picturale, papier calque ou de soie, imprimés, etc.

Une composition qui laisse de la place au lecteur

Dernier niveau de lecture : la composition. Je la créée aérée : souvent il y a juste 3 petits dessins sur une feuille, car pour moi, le blanc n’est pas un vide dépourvu de sens, mais un espace qui invite le lecteur à le remplir. Plutôt qu’imposer un monologue d’artiste, je préfère ainsi générer l’implication du lecteur, qui vient projeter sa propre interprétation, et complète l’illustration avec sa propre imagination. L’image n’est alors pas juste une fin figée : grâce au lecteur, le blanc se met à raconter aussi, et du dialogue de nos deux voix naît une histoire unique, plus riche, vivante, appropriée.

 

Ana Popovici ou Ana Banana

 

Je remercie Thomas Vilquin, auteur, pour la rédaction des mes textes.